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Jay-Z : la grande interview exclusive avec le rappeur américain

Dans une rare interview, Jay-Z met tout sur la table : les affaires, la famille et 30 ans de musique.
JayZ  la grande interview exclusive avec le rappeur amricain
Veste et pantalon, Valentino. Pull, Saint Laurent par Anthony Vaccarello. Bonnet (perso), Paper Planes. Montre (perso), Rolex. Bracelet, L’Enchanteur. Bague, Graff.© GQ

En 2002, lors d’un freestyle devenu instantanément culte sur Hot 97, Jay-Z affirmait : “Même en mon absence, ma présence se fait sentir. C’est parce que c’est moi le roi, mec, un point c’est tout.” Plus de 20 ans plus tard, ces mots paraissent encore plus puissants, presque prophétiques.

Alors que le hip-hop poursuit sa course en avant, il existe un personnage central vers lequel on revient toujours, placé au milieu de tous les autres récits. Cela fait neuf ans que Jay n’a pas sorti d’album solo (4:44, son manifeste de vétéran du rap), six ans qu’il n’a pas participé au moindre projet (A Written Testimony de Jay Electronica), et son couplet légendaire sur “God Did” date d’il y a quatre ans déjà. Vous l’avez compris : il n’a pas été très actif.

Mais les fans réclament de nouveaux morceaux, même un simple featuring sur un album, et le monde de la culture continue de graviter autour de Jay. Votre rappeur préféré est occupé à faire tourner son label Roc Nation. Le show de la mi-temps du Super Bowl, placé sous sa supervision, n’a jamais suscité autant de débats et d’attente. Les entreprises qu’il a développées (Armand de Brignac Champagne, D’Ussé cognac, Tidal…) ont fait de lui un (triple) milliardaire. Et lorsqu’il a récemment souhaité remonter sur scène, cela s’est fait lors d’une tournée mondiale avec sa femme, la plus grande popstar au monde, dans des concerts où leur fille aînée se produit également sur scène.

Trente ans après son premier album, Reasonable Doubt, Jay-Z, qui fêtera cette année ses 56 ans, est plus influent que jamais. Son parcours ne s’est pourtant pas fait sans controverses, critiques et épreuves ; la plus récente étant une plainte civile déposée contre lui à la fin de l’année 2024 par une femme anonyme qui l’accusait de l’avoir agressée sexuellement plusieurs décennies auparavant. La plaignante a retiré sa plainte quelques mois seulement après l’avoir déposée. Pour Jay-Z, qui a toujours maintenu que ces allégations étaient mensongères, les répercussions de cette affaire ont évidemment eu un effet psychologique dévastateur.

Autant dire que, quand nous nous sommes rencontrés en janvier dernier pour deux longs entretiens de deux heures, il avait beaucoup de choses en tête. À tel point qu’il a en réalité continué à m'envoyer ses dernières réflexions bien après nos discussions, que ce soit pour apporter des précisions sur les sujets que nous avions abordés, clarifier certaines idées qu’il avait exprimées, ou simplement rétablir la vérité sur des informations rapportées de manière erronée ailleurs. Par exemple, un matin, il m’a confié : “J’ai reçu 750 millions en CASH pour 2% de ma participation dans D’Ussé. Ce qui signifie que ma part s’élève à 1,5 milliard. Et l’entreprise dans son ensemble était évaluée à 3 milliards. Ils m’ont dit qu’elle valait considérablement moins. Ma réponse a été : ‘J’achèterai votre participation à ce prix.’ Personne n’a fait ce calcul correctement…” Comme je l’ai dit, il avait beaucoup de choses en tête et donné très peu d’interviews ces dernières années. Ou comme il l'a exprimé, lui, en évoquant le temps écoulé depuis sa dernière grande interview : “Ça fait un bail.”


GQ : Comment qualifieriez-vous votre année 2025 ?
Jay-Z : Elle a été difficile. Vraiment difficile. J’ai eu le cœur brisé. Je suis content que nous abordions ce sujet dès le début de l’entretien, pour pouvoir passer ensuite à autre chose. J’étais vraiment anéanti par tout ce qui s’est passé. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’on ne réfléchit pas suffisamment aux conséquences. Tout est tellement instantané. Toute cette histoire [cette plainte, ndlr] m’a vidé. J’étais en colère. Je n’avais pas été aussi en colère depuis longtemps, une colère impossible à maîtriser. On ne fait pas ça à quelqu’un, c’est le genre de chose dont il faut être absolument sûr. C’était comme ça avant. Même quand on faisait les pires trucs, on avait des règles. Il y avait une limite : pas de femmes, pas d’enfants. On vivait et on mourait selon ces principes. C’est sérieux pour moi, ça compte beaucoup. Donc j’ai pris ça très mal. Je savais qu’on allait s’en sortir parce que ce n’était pas vrai. Et la vérité, en fin de compte, finit toujours par l’emporter.

Quand vous passez par ces émotions, comment faites-vous pour rebondir et redevenir Jay-Z ?
Je n’en sais rien. C’est la première chose qui s’enclenche, en fait. Je me suis dit : “Bon, on a assez joué la défense. En 2026, on passe à l’attaque.”

Vous avez déclaré qu’un esprit de défi nourrissait votre travail. D’où est-ce qu’il vous vient ?
Je pense que cela vient du quartier, où on se battait contre tous les obstacles qu’on mettait sur notre chemin. Cet esprit de défi, c’était : “on va y arriver seuls. On est obligés d’y arriver seuls, nous n’avons que nous.” C’est cet état d’esprit qui te permet d’avancer. Quand on a sorti Reasonable Doubt, avec mon équipe, on a vendu 43 000 disques. Le milieu nous disait : “Vous êtes nouveaux. Vous n’avez pas encore fait vos preuves.” Mais dans notre tête, le fait d’avoir sorti un album était une preuve suffisante qu’on avait notre place. On l’avait fait. Il faut se rappeler qu’on ne contrôlait ni la distribution, ni le marketing, ni quoi que ce soit. On a adopté une approche de terrain, avec une équipe de promotion dans la rue. Donc sortir l’album, c’était déjà une victoire. On a eu un certain succès : on était disque de platine. Où que vous alliez, vous entendiez Reasonable Doubt.

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Manteau, Giorgio Armani. Pull, Factor’s. Pantalon, Dolce & Gabbana. Chaussures, Dries Van Noten. Chaussettes, Falke. Lunettes de soleil, Mykita. Bague, Graff. Bracelet, perso. Inspiré de “Study After Vélázquez's Portrait of Pope Innocent X”, 1953, by Francis Bacon © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. / DACS, London / ARS, NY 2026© GQ

C’est un débat qui fait encore rage aujourd’hui : dans quelle mesure ce disque a-t-il eu un impact lors de sa sortie ?
Tous ceux qui n’étaient pas là se fient aux statistiques. Quand quelqu’un dit ce genre de choses, vous pouvez être sûr qu’il n’était pas là. Sinon, il dirait : “Ce n’est même pas discutable.” Où que vous alliez, dans toutes les voitures, on écoutait Reasonable Doubt.

Il s’agissait de quels morceaux en particulier ?
Tu étais dans la rue et tu voyais passer les voitures, c’était [imite l’effet Doppler] “Ain’t no n…” ou “D’Evils”, toute la journée, tous les jours. Puis tu allais en boîte, et ils passaient forcément “Ain’t No”. C’était comme “N-ggas in Paris” ou “In Da Club”, tu vois ? Ces chansons qui conquièrent le monde. “Ain’t No N-gga”, c’était ça. Ils la passaient cent fois par soirée. Ce premier album et le fait de ne pas avoir décroché de contrat, ça a été la plus grande bénédiction pour moi.

Mais est-ce que vous ressentiez cela à l’époque ?
Non. Non, à l’époque, je voulais un contrat. C’est pour ça que j’ai frappé à toutes les portes.

Vous vous sentiez découragé, donc ?
J’étais recalé, pas découragé ? Toutes les portes étaient [il mime une porte fermée]. Mais j’ai toujours cru en moi. Je ne me suis jamais dit que je n’étais pas assez bon pour cette industrie. À chaque refus, je me disais : “Pourquoi ils ont choisi ce mec ? Il est à l’ouest.” Ils ne comprenaient pas votre vision.

Ce que je rappais, c’était la bible de l’époque. Les gens qui avaient vécu le même genre d’émotions étaient touchés d’une manière particulière par ce que je racontais. Ça venait de l’intérieur. Ce n’était pas qu’une histoire de “vendre de la drogue, tirer avec des guns, draguer les filles”. C’était plutôt un sentiment de paranoïa. “D’Evils” parle de la façon dont on bafoue l’amitié dans ce milieu. Beaucoup d’amitiés ont mal tourné et beaucoup de gens ont été blessés et tués à cause de cela. On a vécu beaucoup de traumatismes, et cela se retrouvait dans ces morceaux.

Quand vous repensez à cette époque, y a-t-il des choses que vous êtes content de ne pas avoir su ?
Bien sûr. C’est un peu comme si tu traversais une pièce, et lorsque tu arrives au bout, tu te retournes, tu allumes la lumière et tu vois des fosses et des serpents partout. C’est ta naïveté qui t’a guidé à travers l’obscurité. Je pense que cela arrive souvent dans le monde de la musique.

À quel moment vous dites-vous : “Bon, j’ai l’impression d’avoir accès à suffisamment d’informations pour me lancer, créer ma propre entreprise et revenir à l’esprit du label Roc de 1995-96” ?
Quand j’ai pris la présidence de Def Jam [en 2004], Jon Bon Jovi m’a dit : “Tu es un artiste. N’oublie pas que tu es un artiste.” Je n’aurais jamais pensé rester longtemps à ce poste. Cela faisait également partie d’un deal qui m’a permis de récupérer tous mes masters auprès de Def Jam. C’était donnant-donnant. Et puis, j’avais vraiment envie d’apprendre. Je voulais voir ce qui se passait en coulisses.

Quand on parle de tout ça, ça me rappelle une vieille citation de Kanye West à votre sujet : “Avec Jay, on voyait toujours la victoire.” Que pensez-vous qu’il voulait dire par là ?
Les victoires sont si importantes qu’elles peuvent prendre le dessus dans la mémoire des gens, au point d’en oublier les défaites. Moi-même, je dis souvent : “je ne perdrai pas”, ce qui nourrit cette perception des choses. Mais j’ai essayé aussi de la nuancer avec des morceaux comme “You Must Love Me”, “Regrets”, “Soon You’ll Understand”...

Vous avez également pour principe de ne pas vous laisser abattre par les défaites. “Les Nets pourraient perdre 82 matchs sur 82, je te dirais : ‘Tout va bien.’” C’est ce que vous affirmiez dans “Ni**as In Paris”…
Oui, parce que tout s’apparente à une victoire. Du moment que je possède 0,0001 % des Nets, j’ai gagné. J’avais des parts dans une équipe de basket, qui plus est une équipe de Brooklyn ! Donc oui, je n’ai pas remporté le championnat avec les Nets. Mais j’ai quand même gagné.

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Veste et pantalon, Tom Ford. Pull, Zegna. Montre (perso), Rolex. Collier, Maggi Simpkins. Bracelet, perso du styliste.© GQ

Est-ce quelque chose que vous continuez à appliquer ? L’idée de ne pas paniquer quand quelque chose ne se passe pas comme prévu ?
Ce qui vous arrive tend toujours vers votre bien. Toujours. Mais vous ne le voyez pas forcément sur le moment. Je ne savais pas à l’époque que je n’avais pas besoin d’un contrat avec une maison de disques. J’étais destiné à être cet indépendant qui allait faire bouger les choses, comme l’a fait Prince. Lui, c’était pour la musique en général. Moi, c’était pour le hip-hop et notre culture. Je devais ne pas signer de contrat pour devenir la personne que je suis aujourd’hui. Mais si vous m’aviez dit cela à l’époque, cela ne m’aurait pas semblé être une bénédiction. Encore une fois, tout ce qui vous arrive dans la vie ne vous arrive pas à vous, mais pour vous. Il faut simplement faire la différence. Tout dépend de comment vous voyez les choses, il n’y a ni bien, ni mal. Les emmerdes, ça arrive. C’est la vie.

Quand avez-vous accepté ce principe ? Parce que tout le monde n’y arrive pas aussi vite.
J’ai lu beaucoup de livres très tôt. Le Siège de l’âme. La Prophétie des Andes. Dans tous ces bouquins, j’ai trouvé des pépites. Mais j’avais aussi 26 ans quand je suis arrivé dans le milieu, et j’ai vécu plein de trucs pendant ces 26 années. De Marcy à Trenton, dans le New Jersey, à Cambridge, dans le Maryland, à Newport News, en Virginie. J’ai rencontré toutes sortes de gens, j’ai vécu tout un tas de situations, et je m’en suis sorti sans une égratignure. Je n’ai jamais mis les pieds en prison.

“Trois balles. Pas une seule ne m’a touché”, comme dans les lyrics de “Dead Presidents II”…
“Trois balles. Pas une seule ne m’a touché.” Je m’en suis sorti indemne. C’est très rare. J’ai beaucoup appris, et j’ai beaucoup vécu jusqu’à ce moment-là. Après ça, je suis toujours resté curieux. Une fois que vous avez atteint ce stade, vous vous dites : “J’ai vécu, et maintenant je me demande ‘pourquoi est-ce que ça m’est arrivé ?’” Je me pose toujours la question : “pourquoi est-ce que ça m’est arrivé ? Pourquoi est-ce que ça s’est passé comme ça ?”

On peut parler un peu de A Written Testimony, votre dernier projet en date ?
Mon couplet préféré se trouve dans ce morceau chaotique, très bruyant, pas très orthodoxe. [Il reproduit le beat.] “Flux Capacitor”.

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais nous avons échangé des e-mails à ce sujet. Je vous avais écrit que le couplet était fou, même s’il était à contretemps. Vous m’aviez répondu que “c’était justement le but, champion”.
[Rires] Oui, parfois, il faut savoir rester dans le rythme. Mais mon placement, c’est toujours un pied dans le vide. J’attends toujours le dernier moment, puis je me dis : “Euh…”. [Il mime le fait d’ajouter un autre temps.] Parce que parfois, j’essaie de caser beaucoup de mots dans un petit espace et le dernier mot passe juste. J’ai utilisé plein de flows différents dans ma musique. Je sais quand je suis à contretemps. Je sais exactement où se trouve le tempo. Je suis quand même Jay-Z, bordel. [Rires]

Dans “Universal Soldier”, on peut entendre : “Tu n’as pas la même énergie pour les Du Pont et les Carnegie (Des magnats blancs de l’industrie américaine, ndlr).” Vous faites référence aux critiques que vous recevez parfois, les gens vous traitent de “capitaliste”.
La seule chose que je voyais gamin, c’était le rêve américain. Tu pouvais réussir si tu t’en donnais les moyens. J’ai entendu ça toute ma vie, jusqu’à ce que le succès me sourie. Ensuite, c’était : “Tu es un vendu parce que tu gagnes de l’argent.” Les gens avaient un faible pour l’image de “l’artiste en galère”. Je ne tombe pas dans ce panneau. Je fais d’abord de l’art, puis je m’assure d’être rémunéré pour mon art. Je ne suis pas arrivé là où je suis en profitant des gens, en exploitant les failles du système ou les subtilités de la structure capitaliste. Cette structure existe ; je vois simplement le monde tel qu’il est, et non tel que je voudrais qu’il soit. Je suis réaliste. Les gens parlent du monde tel qu’ils veulent le voir. On ne gagne jamais comme ça. Je dois faire face à la réalité du monde, et je vais avancer dans ce monde non seulement pour moi, mais aussi pour tout un tas de gens qui ont été mis à l’écart par un système qui ne joue pas franc jeu avec nous. Pour progresser, nous devons faire face au monde tel qu’il est. Parfois, cela signifie créer sa propre entreprise. Parfois, cela signifie s’associer à des entreprises établies, car c’est le monde dans lequel nous vivons. Il n’y a aucun endroit où les Noirs contrôlent la distribution et les médias. À un moment donné, quand vous êtes Noir vous devez vous associer à quelqu’un.

Il existe tellement de façons différentes de réussir et de réaliser de grandes choses dans la musique et au-delà. Je suis ouvert à toutes ces possibilités, je regarde le monde tel qu’il est. Je ne pense pas que “tout doit être détenu à 100 % par des Noirs”. Si je détiens 1 % d’une entreprise, elle est black owned (possédée par une personne noire, afro-descendante ou racisée, ndlr). Elon Musk possède 20 % de Tesla. Vous ne diriez pas que ce n’est pas à lui. Vous ne diriez pas que ce n’est pas “white owned”. Je ne sais même pas si j’ai déjà entendu l’expression “white owned”. [Rires]

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Manteau, Maison Margiela. Chemise et pantalon, Evan Kinori. Montre (perso), Patek Philippe. Bague (à l’annulaire gauche), Graff. Bague (à l’annulaire et à l’auriculaire droit), perso. Inspiré de “Three Studies of Lucian Freud” by Francis Bacon © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. / DACS, London / ARS, NY 2026.© GQ

Vous avez assez d’argent pour vivre dans une tour d’ivoire, mais ce n’est pas le cas. Comment faites-vous pour en redescendre ?
Je ne sais pas si ça serait amusant de vivre là-dedans. Qui veut réussir et ne pas s’amuser ?

Vous avez dit tout à l’heure que vous aimiez l’indépendance, à l’image de Prince. Sentez-vous que vous devez vous battre pour avoir le droit de faire ce que vous faites, en tant qu’homme noir qui a réussi ?
Je voudrais que vous retiriez ce terme de votre vocabulaire.

Retirer quel terme ?
“Avoir le droit”. Personne ne nous donne “le droit”. Pour que quelqu’un vous autorise à faire quelque chose, il doit avoir une autorité sur vous. Personne n’a d’autorité sur nous. Nous existons au même titre que n’importe qui. Personne ne peut nous autoriser à faire quoi que ce soit. Donc la réponse à votre question précédente est “oui”.

Lorsque vous vous donnez pour mission d’éliminer des termes comme “avoir le droit”, avez-vous parfois l’impression que cela fait de vous une cible ?
Oh oui, bien sûr. À 100 %. C’est quoi le truc de Nipsey (Hussle, jeune rappeur assassiné en 2019, ndlr), déjà ? “Priez pour moi, les gars, un jour je vais devoir payer pour ces pensées. Les vrais négros ont disparu, je ne suis plus en sécurité, mon pote.” Ce sont des super paroles, ça, pleines d’authenticité.

Vous êtes souvent revenu sur cette idée, ces dernières années. “Tous ces gens allaient me tuer parce que plus je me dévoile, plus ils ont peur du vrai moi” dans “Smile”, par exemple. Lorsque vous dites “ils”, de qui s’agit-il ?
Le système est conçu pour maintenir le statu quo et nous obliger à utiliser des termes comme “avoir le droit” – tous ceux qui sont responsables du système dans lequel nous évoluons, ce sont “eux”. Et cela va au-delà de la couleur de peau.

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Montre (perso), Patek Philippe. Collier, Cartier. Bracelet, perso.© GQ

Vous avez décrit l’année dernière comme une période marquée par la colère. Qu’est-ce que ça fait d’être envahi par ce sentiment, et comment vous vous en êtes sorti ?
J’avais plus que jamais besoin des gens qui m’entourent, car d’habitude, quand je ressens cette émotion, je me contente de faire de la musique, ce qui a un effet thérapeutique. Je peux [il expire] évacuer tout ça et passer à autre chose. J’ai dû rester longtemps dans cet état. J’ai construit un cercle sécurisant, composé de personnes qui m’aiment réellement et qui ne m’utilisent pas. J’ai pu bénéficier de ce soutien au moment le plus crucial. Mais encore une fois, il y a des avantages et des inconvénients à tout cela. J’ai également pu voir ce que les gens pensaient de moi, en particulier les personnes qui m’étaient proches. Quand ce genre de choses vous arrive, les gens s’enfuient, ils se fichent de ce qui s’est passé. C’est comme s’ils voulaient se sauver eux-mêmes. J’ai des partenaires avec lesquels j’ai conclu d’importants contrats. J’ai appelé mon contact chez LVMH : “Hé, mec, il y a ça qui va arriver et je ne peux pas m’en débarrasser.” Je ne pouvais pas accepter un accord à l’amiable, ce n’est pas dans mon ADN. Je savais le poids que cela allait faire peser sur notre famille. Je ne pouvais pas accepter ce truc… J’en serais mort.

Vous en seriez mort si vous aviez accepté un accord à l’amiable, c’est ça ?
Si j’acceptais un accord, ça ferait disparaître le problème. Est-ce que ça m’aurait coûté moins cher ? Oui. Moins cher, plus rapide, et j’aurais pu passer à autre chose. Je savais ce qui m’attendait. Je n’étais pas naïf. Après avoir appelé ma famille, j’ai appelé mes partenaires. Ils m’ont dit : “De quoi as-tu besoin ? Ne t’inquiète pas.” Au téléphone. Sans même me dire : “Je dois d’abord en parler au conseil d’administration.” C’était comme un gage de confiance, parce que les gens me connaissent. Du genre : “Non seulement nous te soutenons, mais de quoi as-tu besoin ?”

Qu’avez-vous fait pour vous remettre de cette épreuve ?
Je suis toujours en train de m’en remettre. Parce que c’est horrible de faire subir ça à quelqu’un. C’est tombé le soir de la première du film de ma fille.

Vous l’avez accompagnée sur le tapis rouge, ce soir-là. Avez-vous envisagé de rester à la maison ? Ou il n’en était pas question ?
Bien sûr qu’il en était question. C’était son moment à elle. Mais notre famille est très soudée. Blue possède un maillot où il y a écrit “Jay-Z” dans le dos. Elle l’a mis, un jour. Elle est allée à l’école avec. J’avais les larmes aux yeux. Sérieusement.

Comment se passe votre paternité ces derniers temps, avec Blue qui grandit, avec les jumeaux ? Comment cette aventure familiale évolue-t-elle ?
Cela donne un sens à tout, à tout. Je traverse le pays, je fais ce que j’ai à faire, et je reviens en avion le soir même. J’adore les emmener à l’école. J’adore aller les chercher. Tout a tellement plus de sens comme ça.

Qu’avez-vous ressenti en voyant Blue s’épanouir encore davantage lors de la tournée “Cowboy Carter” de Beyoncé ?
C’était incroyable. Lors de la tournée précédente, sa première performance avait fait beaucoup parler d’elle, et elle avait travaillé dur pour en arriver là, mais elle n’était toujours pas satisfaite d’elle-même. Elle faisait encore les choses machinalement. Puis elle a commencé à se battre. Je l’ai vue se battre pour la première fois de sa vie, comme si tout ne lui était pas offert sur un plateau et que tout n’était pas aussi facile. Elle s’est battue pour y arriver. Elle est présente sur presque tous les morceaux. J’ai dû la retirer de certains, en lui disant : “Tu ne peux pas être sur scène quand elle chante ‘Six-inch heels…’, ça va pas la tête ?” Blue est une pianiste incroyable, mais elle ne veut pas de professeur. Elle ne veut pas que cela devienne un travail. Elle possède l’oreille absolue. Si elle entend une chanson, elle dit “Rejoue-la” et ensuite elle l’apprend toute seule. C’est juste du talent, elle ne bosse pas pour ça. Elle a travaillé pour cette tournée, en revanche, et je suis fier qu’elle se soit battue pour ça. Je ne pense pas qu’on arrivera à la faire redescendre de scène maintenant.

Vous enregistrez quand vous en avez envie. Vous n’êtes pas soumis à la contrainte d’un album par an.
4:44 m’a beaucoup coûté, émotionnellement parlant. Je ne peux même pas l’écouter. C’est l’album que j’ai toujours eu peur de faire... quelque chose de pur, de vulnérable, d’intime. Je ne suis pas Superman. J’ai vécu beaucoup de traumatismes [en grandissant], beaucoup de pertes, j’ai vu des choses qu’un enfant de neuf ans ne devrait jamais voir. Ces moments, on les enfouit, on les enterre, puis ils refont surface sous différentes formes. Tu es beaucoup plus jeune que moi, mais tu verras que ça se manifestera plus tard dans ta vie de différentes manières, et tu ne sauras pas exactement pourquoi tu agis d’une certaine façon. C’est à cause de ces choses enfouies au plus profond de toi, lorsqu’elles se réveillent, elles peuvent provoquer des réactions inattendues.

Cet album est sorti depuis un certain temps déjà, comment le voyez-vous avec le recul ?
Je suis très fier du travail que j’ai accompli. Fier aussi, de l’avoir présenté au monde entier. La plupart des gens vivent ce genre d’expériences de manière privée.

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© GQ

Et vous l’avez emmené en tournée !
En tournée ! En live. Tous les soirs. Ça n’a pas été facile. Ça a été thérapeutique, et ça en valait vraiment la peine. Une guérison en temps réel. C’était comme trébucher et tâtonner, puis : “Voilà. Voilà la forme la plus authentique. C’est un chapitre de ma vie qui a été enregistré.”

C’était un vrai changement de paradigme : avant cela, vous visiez plus les gros tubes que le récit de vos pensées intimes…
Oui, à 100 %. Ce n’était que de la frime. Une part de moi-même était fermée, et ça marchait comme ça. Les gens aiment les têtes brûlées, le danger possède un certain attrait. Ça, c’était le rôle de Jigga, un alter ego plus bravache, une autre émanation de moi-même. C’était très utile, mais peu viable à long terme.

Mais vous faites encore parfois appel à Jigga, surtout en studio.
J’ai pas le choix. “Parfois, tu as besoin de ton égo, tu dois leur rappeler qui tu es, à ces idiots” (dans “Bam”, ndlr). Tout est là. Tout.

Est-ce qu’une partie de cette expérience de la célébrité vous a rendu cynique ?
Oui, bien sûr. “Je suis cynique quand je donne des interviews. Le pourcentage de ceux qui ne comprennent pas est plus élevé que celui de ceux qui comprennent. Réfléchis, dans quel camp tu es ?” C’était dans “Can I Live II”, ça. Je ne faisais pas confiance à l’industrie musicale. Les gens te disent une chose, en font une autre, puis se cachent derrière la paperasse et les avocats. Ça m’a rendu super cynique. En grandissant, tu apprends que tu n’as pas besoin de te mêler à certains cercles. Je suis peut-être moins cynique [maintenant] parce que ma vie est mieux agencée.

“Agencée”. J’aime bien ce mot.
À un moment donné, il faut agencer sa vie. Il y a des gens qui ne seront là qu’un certain temps et qui ne vous accompagneront pas nécessairement tout au long du parcours. C’est comme ça. Certains amis sont pour la vie. D’autres, pour certains moments. Et il faut savoir quand passer à autre chose. La loyauté, c’est pour la vie. Donc, si nous nous sommes disputés et que vous me critiquez, je sais que j’ai pris la bonne décision en ne vous parlant plus. Vous n’étiez pas mon ami, car la loyauté est éternelle. Vous n’honorez pas l’intégrité de ce qu’était cette relation. De toute évidence, elle n’était pas sincère. Si on m’interroge sur certaines personnes que je ne fréquente plus, je ne vais pas m’épancher sur le sujet, je vais dire : “[Il est] intelligent” ou quelque chose qui honore l’intégrité de ce qu’a été cette relation.

Vous semblez être dans une période de créativité assez intense, tous les deux, avec Beyoncé. Sur ses deux derniers albums, votre nom apparaît plus souvent que d’habitude dans les crédits. On vous imagine bien dans le studio, en train d’écrire des phrases comme “Unicorn is the uniform you put on” (“La licorne est l’uniforme que tu enfiles”, ndlr).
Je mesure bien tout ce qu’elle essaie d’accomplir et si je peux y contribuer... Et puis, c’est un défi amusant à relever…

Est-ce que cela vous donne une étincelle créative pour revenir vers un projet solo ?
En fait, c’est plutôt le contraire. Je me sens bien dans cet espace-là. Mais encore une fois, j’étais tellement abattu [l’année dernière]... Quand j’écris, je m’inspire de mes expériences, et cela aurait probablement donné lieu à une œuvre très sombre. Je ne suis pas sûr qu’avec toute la négativité qui sévit dans le monde, les gens aient besoin que j’y ajoute mes ressentiments. Je me dois d’être authentique et honnête par rapport à mes expériences du moment. Ça aurait été explosif.

Ça aurait été intéressant aussi.
Ça aurait fait plus de mal que de bien. J’ai beaucoup de brouillons d’idées et ils sont tous assez mauvais [Rires].

Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être le responsable d’un événement aussi important que le spectacle de la mi-temps du Super Bowl ?
Ça nous a donné l’occasion de pouvoir proposer aux spectateurs une idée un peu plus équilibrée de ce qu’est la musique populaire aujourd’hui. Je ne prends pas de risque, ceci dit : les personnes choisies sont aussi les plus célèbres au monde. Pour la dernière édition, je n’ai pas choisi un petit artiste indépendant originaire de Portland. [C’était] l’artiste le plus écouté au monde. “Hey, les gars, j’ai une idée géniale : appelons Bad Bunny.” [Rires]

J’imagine que vous avez pris un malin plaisir à regarder le concert de Kendrick, l’an passé : il s’agissait de son premier concert depuis la sortie de son dernier album, GNX.
Oui, bien sûr. Il aurait pu se faciliter un peu la tâche. Le choix de jouer son nouvel album devant un public aussi nombreux était super courageux. Environ 10 millions de personnes connaissaient ces chansons, ce qui signifie qu’il y en avait 120 millions qui se demandaient : “Mais qu’est-ce qu’il fait ?” Je lui tire mon chapeau. J’avais déjà beaucoup de respect pour lui, mais maintenant encore plus. Il est vraiment fidèle à ce qu’il dit.

En tant que protagoniste du plus gros clash de l’histoire du rap…
Enfin, jusqu’à présent…

… Qu’avez-vous pensé des échanges entre Kendrick et Drake en 2024 ?
Je vais vous donner une réponse qui ne va pas vous plaire. Enfin, je ne sais pas, c’est présomptueux de ma part. Il y a quatre piliers qui soutiennent la culture hip-hop : le breakdance, le graffiti, le DJing et les clashes. Le breakdance n’est plus au premier plan du rap. C’est même devenu un sport olympique, donc on peut dire que c’est fini [Rires]. Le graffiti, c’est beau dans certains endroits. Mais ça ne fait pas partie du hip-hop. Avant, le DJ était au premier plan. Il y avait Jazzy Jeff et le Fresh Prince. Eric B. et Rakim. Aujourd’hui, on ne connaît même plus le DJ de la moitié des artistes. Et le dernier pilier, c’est les clashes. J’adore les joutes verbales, mais de nos jours, il y a tellement de choses négatives qui vont avec que je préférerais presque que cela n’existe plus.

Vraiment ?
Aujourd’hui, les gens qui aiment Kendrick détestent Drake, peu importe ce qu’il fait. C’est une attaque contre sa personne. Je ne sais pas si j’aime ça. Je ne sais pas si cela contribue à notre progression, surtout sur les réseaux sociaux.

Les armées de fans qui se chamaillent…
C’est allé trop loin. On y mêle même les enfants, ça ne me plaît pas. J’ai l’air d’un vieux con qui fait la morale en disant ça, mais je pense qu’en matière de rivalité musicale, on peut obtenir le même niveau de tension avec des collaborations, plutôt qu’en se clashant. Avant, ça tenait parce qu’il n’y avait pas de réseaux sociaux. On faisait un clash, c’était marrant puis on passait à autre chose. Aujourd’hui, je ne sais pas si ça pourrait encore marcher avec la technologie dont on dispose.

Parce que ça consomme trop d’énergie ?
Exact. On dirait qu’on essaie de détruire la vie des gens. Je ne sais pas si ça en vaut la peine. Le hip-hop a grandi. Je ne suis pas sûr que le clash ait encore besoin de faire partie de cette culture. Je déteste avoir ce point de vue là-dessus. Vraiment. Parce que je sais ce que les gens vont penser. C’est juste ce que je ressens.

“Il y a clairement une volonté de faire taire certaines voix au sein de notre communauté, une volonté très marquée de la droite, a déclaré Jay plus tard dans un SMS. Et la culture s'y prête volontiers, au nom de cette soif insensée de la 'stan culture' d'avoir quelque chose à critiquer. Nous vivons une époque étrange. Je suis curieux de voir comment cela va se passer !”

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Manteau, Giorgio Armani.© GQ

Le conflit entre Drake et Kendrick s’est même étendu jusqu’à vous. Les gens ont pris comme une attaque personnelle le fait que vous ayez choisi l’un des deux pour le Super Bowl, comme si vous aviez pris parti.
J’ai choisi celui qui avait connu une année de dingue. Je pense que c’était le bon choix. Pourquoi devrais-je me soucier de la rivalité entre ces deux artistes ? Qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? Qu’ils s’arrangent entre eux. Ils entraînent tout le monde dans leur sillage, comme si on faisait tous partie d’un complot visant à nuire à Drake. C’est quoi ce délire ? Ça n’a aucun sens. Et si c’était seulement que ces deux gars ne s’aiment pas ? Je pense que ça couvait depuis longtemps, tout comme ça couvait entre moi et Nas. Il y a eu tout un tas de choses qui ont mené à ce moment-là. En fait, je le regrette parce que j’aime beaucoup Nas. C’est un mec vraiment sympa.

Jay m’a dit plus tard : “Je me rends compte que c’est un peu hypocrite, vu le nombre de batailles que j’ai menées et compte tenu de la nature de ‘Super Ugly’. Il faut mûrir pour en arriver là, parce que j’ai aussi fait des conneries !”

Je me souviens que j’avais 10 ou 11 ans quand ça a eu lieu.
Tu as dû choisir ton camp ?

Ben, j’étais de votre côté.
Oui, évidemment. [Rires]

Je ne pouvais pas demander à mes parents d’acheter Stillmatic de Nas, je me suis contenté de le graver sur un CD vierge…
Tu t’es dit : “Je veux l’écouter, mais je ne le soutiens pas.” Marrant. Je fais attention, parce que j’entends toujours parler de la nouvelle culture d’aujourd’hui. Et je me suis toujours dit : “Ferme-la. Tu as eu ton heure de gloire.” Donc je fais très attention à laisser les gens faire leur truc, sans trop m’en mêler.

C’est ce que vous pensez aujourd’hui ? Il faut laisser la nouvelle génération “faire son truc” ?
Oui, faites votre truc. J’accepte tout. Je suis sûr que vous allez prendre la bonne direction.

Vous avez lancé le label Roc Nation en 2008. Depuis, pensez-vous que ce projet a évolué avec le même esprit d’indépendance que votre ancien label Roc-A-Fella ?
Oui, je l’espère. On fait des ajustements au fur et à mesure, mais on dispose de beaucoup d’infos, de codes qu’on veut transmettre. Ce qu’on a fait en trente ans, on espère que la prochaine génération le fera en 5 ou 10. On accueille tout ce qui est nouveau. C’est pour ça qu’on est passés d’un label traditionnel à une plateforme de distribution, parce que c’est ce dont les artistes ont besoin aujourd’hui. Vous ne savez peut-être pas ce qui va arriver, mais nous, on le sait. Et c’est ça, notre valeur ajoutée.

Au lieu de dire aux artistes : “Tu es sous contrat avec moi !”
Oui, voilà. Ou “on va gérer ta carrière comme ça !” Je n’ai jamais été à l’aise avec ça. L’expression d’un artiste doit être singulière. C’est ce qui s’est passé avec [J.] Cole, je pense. On dit que nous n’aimions pas Cole. Non, nous croyions suffisamment en lui pour le laisser trouver sa voie. Ça lui a pris un certain temps, mais il a trouvé sa voie. Je n’ai aucun sentiment négatif à son égard. En fait, je suis très fier de lui et de ce qu’il a accompli.

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Bracelet, perso du styliste. Grillz, perso. Inspiré de “Study After Vélázquez's Portrait of Pope Innocent X”, 1953, by Francis Bacon © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. / DACS, London / ARS, NY 2026.© GQ

Je voudrais revenir sur cette idée de faire les choses “correctement”, même lorsqu’il s’agit d’acquérir de la richesse ou de continuer à en accumuler. À ce sujet, vous avez dit dans un de vos freestyles : “Il court vers le milliard, les yeux rivés vers le ciel... Il savoure le paradis terrestre, mais ses ailes pourront-elles le porter à nouveau ?” Quelle est la réponse aujourd’hui à cette question ?
Ta morale définit qui tu es. Ta morale ne se calcule pas en dollars. Si c’était le cas, quelle serait la somme ? Si la limite, c’est “tous les millionnaires sont mauvais”, à 999 000, je suis encore quelqu’un de bien ? Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Ça n’a aucun sens. J’ai réussi en travaillant dur, malgré le système en place. Tout était contre moi. Mon talent m’a permis de surmonter tous les obstacles et j’ai réussi comme ça. Et grâce à ce succès, j’ai pu faire des choses qui me tenaient à cœur et qui ont aidé beaucoup de gens. Une personne qui a plus d’argent peut faire plus de bien. C’est un choix.

Quelles seraient les caractéristiques les plus évidentes d’un bon album de Jay-Z en 2026 ou 2027 ?
Je ne sais pas encore. Oublions un moment le paysage musical. Je ne sais pas ce que je dois créer actuellement pour que ça me satisfasse ou que ça me rende heureux – car c’est ce qui compte le plus. Je sais que je dois simplement être honnête sur ce que je ressens et là où j’en suis. Peut-être que je réfléchis trop. Peut-être que je m’empêche de créer. Quoi qu’il en soit, cela doit être une représentation fidèle de ce que je ressens. Essayer de concevoir quelque chose qui plaise à tout le monde, c’est le meilleur moyen de ne plaire à personne.

Vous avez raconté qu’un jour vous discutiez avec le milliardaire russe Mikhail Prokhorov, et qu’il vous avait révélé qu’il y avait un étage encore plus haut dans l’hôtel où vous séjourniez tous les deux. Et vous ignoriez son existence. Cette leçon vous a appris qu’il y a toujours un endroit plus haut à atteindre. Avez-vous l’impression d’avoir atteint le plus haut palier de votre vie ?
La prochaine étape, c’est de devenir propriétaire de l’immeuble... Tant que vous êtes en vie, il y a toujours un niveau supérieur à atteindre. Tant que vous restez curieux, vous resterez motivé. Vous ne serez jamais bloqué. Quand on garde sa curiosité intacte, il y aura toujours un autre étage à atteindre.

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Manteau, Giorgio Armani. Pull, Factor's. Lunettes de soleil, Mykita. Pantalon, Dolce & Gabbana. Chaussures, Dries Van Noten. Chaussettes, Falke. Bague, Graff. Montre (perso), Patek Philippe. Bracelet, perso. Inspiré de “Three Studies for a Crucifixion” by Francis Bacon © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. / DACS, London / ARS, NY 2026.© GQ

CRÉDITS DE PRODUCTION
Journaliste : Frazier Tharpe
Photographe : Rashid Johnson
Stylistes : Mobolaji Dawodu et June Ambrose
Hair : Nakia Rachon
Make-up : Hee Soo Kwon avec le sérum Sauvage
Tailoring : Yelena Travkina
Décor : Heath Mattioli
Production : Camp Productions

Article initialement publié sur GQ US